Le maréchal, à ces mots, eut un effroyable tressaillement de tout le corps. Pâle comme la mort, les cheveux dressés sur la tête, les yeux pleins d'une folie d'épouvante, il agita convulsivement les lèvres sans pouvoir parvenir à prononcer les mots que le saisissement arrêtait dans sa gorge.
Puis l'instinct de la conservation lui vint. Sans se dire que fuir c'était se trahir, il se ramassa sur ses jarrets comme la bête fauve qui va bondir, poussa une sorte de rugissement et s'élança. Mais le cercle des compagnons s'était resserré. Il fut, pour ainsi dire au vol, saisi à chaque poignet par Lambert et Fichet.
Au contact de ces deux mains qui paralysaient sa résistance, l'homme se devina perdu. À la surexcitation nerveuse succéda la réaction d'une complète prostration qui, anéantissant ses forces, le fit vaciller sur ses jambes. Il se fût affaissé s'il n'eût été soutenu par Fichet qui, croyant à une comédie, le remit sur pied en disant:
—Le quart d'heure il n'est pas à songeasser de nous faire l'imitation de la jeune vierge qu'elle accouche.
Après avoir laissé l'homme s'anéantir sous son effroi, Meuzelin répéta d'une voix sèche:
—Dis-moi où tu as caché cette tête de femme que tu as tranchée la nuit dernière?
Encore incapable de parler, le maréchal secoua négativement la tête.
Le policier lui mit le doigt sur le plastron de chemise et poursuivit en pesant sur les mots:
—... Cette tête dont le sang avait rejailli sur toi, ce qui t'a obligé de changer de chemise.
Cette phrase galvanisa le maréchal qui parvint à bégayer.