—À ce prix-là, je m'expose, déclara Barnabé. Voyons, que dois-je faire?
—Tu vas d'abord me suivre au château de Brivière. Nous causerons chemin faisant.
Si Cardeuc, à ce moment, ne s'était retourné pour prendre son chapeau, il aurait surpris l'éclair de joie qui venait d'illuminer le regard de Fil-à-Beurre.
Le Marcassin était un particulier dont la confiance était difficile à obtenir; mais pouvait-il la refuser à un être assez idiot pour lui rapporter un pot plein d'or qu'il aurait pu garder, car, dans les idées du métayer, un aussi honnête homme ne pouvait être qu'un franc imbécile.
Il commença, avec l'aide de Barnabé, par faire entrer la voiture dans la cour. Puis il conduisit le cheval à l'écurie, emporta le pot plein d'or dans une chambre, dont il ferma la porte, et, après en avoir mis la clef dans sa poche, il dit en se mettant en marche:
—À présent, mon garçon, je vais te conduire au château de Brivière où, si tu fais bien ce que je te commanderai, on taillera pour toi de jolies croupières au Beau-François.
—Ah! c'est que, vois-tu, citoyen, ma rancune contre ce géant ne date pas d'hier. Elle remonte à certaine nuit où le coquin, qui venait de s'évader des prisons de Chartres, m'a volé ma veste, après m'avoir assommé près du village de Mégin.
—Tu connais donc le village de Mégin, toi? dit brusquement Cardeuc, dont le regard soupçonneux s'attacha sur Fil-à-Beurre.
Mais il y allait tout naïvement, ce bon Barnabé, dont la mine niaise indiquait un bavard confiant qui ne demande qu'à conter ses petites affaires.
—Si je connais le village de Mégin! s'écria-t-il. Je serais bien ingrat d'avoir oublié son nom, car, si je ne suis pas mort de l'assommade du Beau-François, c'est parce que j'ai été recueilli et soigné dans la maison d'un habitant de Mégin. Quand je dis un habitant, c'est une erreur, car il n'habitait guère le village, ce maquignon, nommé Augé, qui était toujours par les chemins pour son commerce.