Quand le Marcassin avait emporté sa nièce de la Saunerie, il avait vu le Beau-François poursuivi par quatre hommes qui s'étaient lancés sur sa trace, et il avait cru que le Chauffeur, tombé aux mains de ses ennemis, était infailliblement perdu. Il n'avait donc pas dû en être ainsi, puisque le Beau-François, à cette heure, battait la plaine entre Laval et Angers. Un point restait obscur pour le Marcassin. Il chercha à l'éclaircir en ramenant la conversation sur le trésor de Doublet, qu'il avait été contraint d'abandonner pour pouvoir fuir plus prestement lorsqu'il avait emporté sa nièce de la Saunerie.

—Dis donc, fit-il, où as-tu trouvé mon magot que tu m'as rapporté?

—Bien par hasard, citoyen, va! À l'auberge de la Biche-Blanche, après que j'ai eu mangé un peu de pain et de fromage, ma bourse s'est trouvée à sec. Quand il s'est agi de me loger gratis pour la nuit, l'aubergiste m'a flanqué impitoyablement à la porte. J'allais coucher à la belle étoile lorsque non loin de l'auberge j'ai avisé une masure en ruines. C'était un refuge pour passer une nuit. À peine entré, mon pied heurta un obstacle qui fit entendre un bruit métallique... Je me baissai au clair de la lune, je reconnus le pot plein d'or. Alors je pensai à toi, que j'avais entendu parler de ton or disparu. Aussitôt je me suis dit que celui qui te l'avait dérobé allait venir le reprendre dans la ruine où il l'avait déposé. Sans perdre de temps, j'ai décampé avec le trésor, que je suis allé enterrer dans un petit bois voisin, après en avoir préalablement retiré quelques pièces. Avec cet argent, j'ai fait la lieue qui me séparait du Mans où, en pleine nuit, à l'auberge, j'ai acheté d'un roulier une rosse qu'il parlait de faire abattre.

Un peu avant le jour, je ramenais ma bête à la voiture abandonnée sur la route. Ton nom et ton village étaient inscrits sur un des côtés de la charrette. J'y ai caché sous la paille ton pot déterré, et en route pour venir te le rapporter.

—On n'est pas plus bête! pensa le Marcassin en pensant à cette restitution qui, sans qu'il y prît garde, le rendait crédule à tout ce que venait de lui débiter l'échalas, d'un ton qui n'entendait pas la moindre malice.

Tout au projet qu'il ruminait, il marchait en se disant:

—Honnête, bavard et stupide, voilà un garçon qui va joliment me servir pour amener le général à débarrasser la plaine des postes de soldats qui cernent les miens afin de les lancer sur le dos du Beau-François.

Alors, arrêtant sa marche, il dit à Fil-à-Beurre.

—Faut-il au moins, mon garçon, t'apprendre ce que nous allons faire au château de Brivière.

—Que m'importe! Tu m'as promis qu'on taillerait des croupières au Beau-François contre qui j'ai une longue dent. Ça me suffit.