—Oui, fit la veuve avec un peu d'embarras.

—En êtes-vous bien certaine, madame? appuya Croutot.

La comtesse eut un sourire.

—Certaine, dit-elle, pas tout à fait. En partant d'Allemagne, je me suis fait suivre d'une vraie montagne de bagages. La plupart de ces caisses sont encore empilées ici sans avoir été ouvertes par moi. Ce n'est qu'à la suite d'une visite sérieuse que je pourrais vous répondre.

Après cette explication, que Croutot avait écoutée en secouant lentement la tête, madame de Méralec demanda avec une pointe d'inquiétude dans la voix:

—Mais à quel propos cette question?

—Vos bagages étaient rangés dans un coin du bureau de poste. Mon frère les a fait charger sur une voiture sans plus s'occuper d'autre chose, et il vous a amené ici et livré quinze caisses. De retour à Angers, mon frère alors a songé à une chose à laquelle il aurait dû penser tout d'abord, c'est-à-dire à consulter son livre d'inscription.

—Et il a vu que j'avais une caisse en trop... que son vrai propriétaire, probablement, lui réclame à cor et à cri, avança la comtesse en riant.

—Au contraire, articula lentement Croutot.

Le sourire de la veuve disparut aussitôt.