Et je l'entendis qui s'éloignait.

Alors je crus bon de donner signe de vie. Comme Annette avait fini de me retirer la bande de toile, je poussai un soupir et j'ouvris les yeux.

—Ah! ah! fit-elle, voilà donc que vous revenez à vous, mon beau merle?... Pardieu, je puis me vanter d'avoir fait ce matin une jolie trouvaille.

C'était une brave et digne femme, cette Annette, malgré son air bourru. Elle m'apprit qu'au point du du jour, en allant chercher son beurre et son lait à une ferme un peu distante du village, elle m'avait trouvé étendu raide, dépouillé, à demi gelé, la tête ensanglantée. Par bonheur, le froid, en saisissant ma plaie, avait empêché la perte de sang. Aussitôt, elle était venue pour donner la nouvelle à Gervaise, et les deux femmes, dans leur premier élan de pitié, m'avaient, en réunissant leurs efforts, emporté dans la maison qui les abritait.

Après avoir achevé de me panser, elle reprit:

—Moi, j'étais d'avis de vous renvoyer tout de suite; mais on a obtenu de ma faiblesse que vous resteriez ici deux jours à vous reposer et à vous rabibocher un peu le torse. Vous allez commencer par m'avaler une soupe. Attendez, je reviens.

Trois minutes après, elle reparut avec une énorme écuelle de soupe fumante.

—On ne perd pas son temps à vous nourrir! dit-elle en riant, après avoir constaté la voracité avec laquelle j'avais engouffré la soupe.

Puis, comme je la remerciais, elle reprit:

—Le meilleur moyen, mon garçon, de me prouver votre reconnaissance, c'est de rester bien tranquillement enfermé dans ce commun à fourrages, sans vous montrer, sans sortir.