—Tu sais où est Gervaise!!!
Et, se penchant sur sa selle, il saisit la tête de Barnabé, qu'il se mit à embrasser frénétiquement.
Fil-à-Beurre n'était pas encore revenu de la surprise causée par l'embrassade et les paroles de Vasseur, quand celui-ci se redressa vivement sur sa selle.
—Chut! chut! fit-il, on vient à nous.
En effet, devant eux, sur la route, s'entendait le trot d'un cheval qui s'approchait.
À cette époque où, dans bon nombre de départements, le peu de sûreté des communications exposait les voyageurs à se faire assassiner ou, tout au moins, à se faire détrousser, chacun pourvoyait à sa sûreté en se munissant d'armes.
Il n'y avait donc rien d'extraordinaire à ce que, tout déguisés en campagnards qu'ils étaient, Vasseur et ses hommes fussent armés. Chacun avait une carabine accrochée à l'arçon de sa selle dont les fontes étaient garnies de pistolets. Ce luxe d'armes à feu avait, au départ, fait faire la grimace à Fichet qui, grand sabreur devant l'Éternel, aurait vingt fois mieux aimé sentir sa lame lui pendre au côté. Bon tireur pourtant, il n'en méprisait pas moins la poudre et les balles.
—Que les armes à feu, disait-il, c'est de la superfluité incombante, qu'elle peut rater son homme. Tandis que le sabre, votre émule qu'il a beau dire non, il faut qu'il l'accepte dans le corps.
Donc, au bruit du cheval, le lieutenant avait mis le pistolet au poing. Pendant l'attente de celui qui arrivait dans l'ombre, une pensée lui vint.
—À propos, j'y songe! Tu n'es pas armé, mon brave Barnabé. Sais-tu jouer des armes à feu? demanda-t-il.