—Et puis, pensa-t-il encore, ne me faut-il pas attendre le retour de Fil-à-Beurre qui doit me rejoindre ici?

Au milieu de ses réflexions, quelque chose avait tiré l'œil du lieutenant. C'était ce fusil, tout étincelant de propreté, qu'il voyait accroché au-dessus du manteau de la cheminée.

—Examinons-le un peu, se dit-il en marchant à l'arme, qu'il décrocha.

Un très court examen lui suffit pour se rendre compte de la valeur du fusil.

—Arme hors de service, qui éclaterait en pleine figure de celui qui tenterait de s'en servir. Si bien nettoyé qu'il soit, ce fusil n'a pas dû faire feu depuis des années, se dit-il.

Et il le replaça sur les crochets en ajoutant:

—Le mari de cette sorcière n'est pas braconnier, sans quoi il aurait meilleur arme que celle-ci.

Mais Vasseur était homme qui avait le soupçon facile. À la précédente réflexion en succéda promptement une autre, moins à l'éloge du mari absent.

—Eh! eh! Est-ce que, par hasard, ce fusil, ainsi bien exposé aux regards, ne serait là que pour la frime.

Car le lieutenant était au courant de bien des ruses. Il avait fait ses débuts militaires dans ce même pays des chouans pour lequel il était en route. Il se souvenait des nombreuses fois où les soldats républicains, en pénétrant chez les paysans chouans pour y découvrir des armes, n'avaient jamais mis la main que sur des fusils pareils à celui de l'aubergiste, armes en si mauvais état, à tel point inoffensives, qu'ils les laissaient à leurs propriétaires. Et pourtant, à la nuit venue, lorsque le paysan, de si tranquille apparence pendant le jour, avait été s'embusquer derrière les haies des sentiers, les soldats républicains tombaient sous les balles de fusils qui tonnaient sec et portaient juste... Donc, chaque chouan, en plus du fusil hors de service qu'il offrait aux perquisitions, en possédait un second, bien caché en un coin jusqu'à l'heure où il servait à descendre un ennemi.