On courut à toutes brides pendant deux heures. Après quoi, Barnabé demanda à descendre de croupe.
—La distance entre nous et nos gredins est, maintenant, assez grande pour modérer notre allure. Laissez-moi donc aller à pied, proposa-t-il.
—Pas le moins du monde, dit vivement Vasseur, et puisque nous sommes si bien pour faire la causette, conte-moi donc un peu comment tu es arrivé si à propos pour nous tirer du guêpier; où tu as appris les phrases de reconnaissance que tu as échangées avec la hideuse hôtelière; pourquoi tu n'avais pas tes souliers et, enfin, par quel moyen tu t'es procuré ce fusil que tu as en main... Conte-moi tout cela dans le dos, mon brave Barnabé.
—Oh! bien simplement, allez! dit doucement le squelette.
—Je n'en doute pas, mais conte toujours.
—J'ai étranglé un homme.
—Mazette! tu vas bien, toi. Tu noies une femme, tu étrangles un homme, tu en fusilles un autre... Mes compliments, mon garçon... Et à quel propos as-tu étranglé cet homme?...
—Mais pour avoir son fusil.
—Diable! tu n'y vas pas de main morte à emprunter un fusil.
—Oh! oh! vous savez? c'est l'occasion qui fait le larron... L'homme au fusil m'a fourni l'occasion; alors je suis devenu larron... C'est lui qui m'a tenté... Voulez-vous en juger?