—Là, fit-il, à présent je pars.

—Comment, tu pars?... mais, avec nous, j'imagine.

—Non, non, je vous quitte ou, pour mieux dire, je pars en avant. Puisque nous n'avons plus la chance de rejoindre le Beau-François avant le Mans, le mieux est de ménager les chevaux. Pendant que vous irez à la doucette, moi, en avant, j'éclairerai la route, étudiant chaque auberge de rencontre, en quête de la piste du vilain gibier que nous chassons.

—Alors je ne te rejoindrai qu'au Mans, dit Vasseur, approuvant l'idée du squelette.

—Au Mans ou sur la route, je ne sais... Mais là où vous me retrouverez vous attendant, c'est qu'il y aura du neuf.

Là-dessus, Barnabé développa le compas des longs fuseaux qui lui servaient de jambes et partit d'un pas allongé qui lui eut bientôt fait prendre l'avance sur les cavaliers chevauchant à paisible allure.

Depuis son arrivée à la masure des Buchard, qui avait failli se transformer, pour lui, en un coupe-gorge, les événements s'étaient succédé si rapidement que la pensée du lieutenant avait été toute à la situation présente. En apercevant de loin Fil-à-Beurre, qui allait disparaître dans un pli de la route, un souvenir lui revint au cœur:

—Barnabé ne m'a pas encore appris où je retrouverai Gervaise, murmura-t-il.

Car Vasseur, que son indifférence pour les avances des belles Chartraines qui auraient volontiers conjugué avec lui le verbe «aimer» avait fait surnommer l'Amant de la Lune, était amoureux fou de Gervaise.

Comment avait-il connu la jeune fille?