—Il ne sait encore rien du tout. Meuzelin n'a pas parlé. Je vais recevoir moi-même Labor, dit au Notaire Cardeuc tranquillisé.
—Vous avez tort. Vous ratez là une belle balle à jouer. Au fond, ça vous regarde. À le mettre devant Suzanne, nous nous réservions toujours la ressource d'apparaître si besoin en était… Soit, puisque vous le voulez, débita le vieillard d'un ton sec.
Il y avait dans la voix du patriarche un tel accent qui sonnait l'alarme que Cardeuc céda.
—Allons dans ta chambre, dit-il.
Il était temps. À peine venaient-ils de disparaître que le général entrait dans la salle.
Plaqué derrière sa porte qu'il avait fermée à clé pour le cas où Labor aurait eu la fantaisie de l'ouvrir, le Notaire, l'oeil appliqué à un petit trou du panneau, observait le visiteur dont, tout bas, il relatait chaque fait ou geste à Cardeuc.
Le soldat s'était d'abord étonné de ne trouver personne là où il lui avait été annoncé qu'il rencontrerait le métayer. Pensant qu'après une absence momentanée, le maître de la maison ne tarderait pas à paraître, Labor, en examinant chaque détail de l'ameublement grossier, se mit à arpenter la salle d'un pas lourd qui faisait sonner ses éperons.
—Oh! oh! Je crois bien que notre chien a éventé son gibier, chuchota le patriarche dont tout le corps frissonnait du rire qu'il était contraint d'étouffer.
En effet, le général venait d'arrêter tout net sa promenade à certain bruit que son oreille, des plus fines, lui avait révélé.
Un souffle, doux et régulier, se faisait entendre dans la pièce voisine. Il n'y avait pas à se tromper sur la nature de ce souffle. C'était bien la respiration d'une personne qui dort.