—Parce que tu m'aurais évité une corvée, débita Pitard d'un air sincèrement ennuyé. Du moment que ta mémoire te trahit à ce point que tu ne te rappelles plus le notaire Taugencel, me voilà obligé de raconter moi-même ta vie à ceux au pouvoir de qui tu es tombé.
—Pitard, tu ne feras pas cela! supplia le nabot d'une voix étranglée par la peur.
—Impossible d'agir autrement. À toi, la langue se fige; à moi, elle me démange. Il faut que je parle quand même; car mes souvenirs sont restés vivaces, au contraire de toi qui as tout oublié… Du moment qu'il ne te souvient plus de Taugencel, il serait oiseux, j'en suis certain, de vouloir t'interroger sur d'autres personnages du passé.
Croutot crut comprendre un but caché sous les paroles de l'ogre.
—Sur qui veux-tu m'interroger? demanda-t-il.
—Mais non, mais non, fit Pitard. Avec ta pauvre mémoire, à quoi bon tenter une épreuve inutile?
Maintenant Croutot était décidé à faire preuve de mémoire.
—Parle, dit-il, peut-être que je me souviendrai.
Pitard demanda lentement:
—Alors, dis-moi donc ce qu'est devenue la soeur de Julie?