Croutot, à peine put-il parler, se hâta de bégayer en tremblant:
—Je vous livrerai Coupe-et-Tranche.
—Trop tard, nabot, ricana Meuzelin. Tu as attendu, pour nous proposer ta trahison, que Cardeuc soit vaincu, comme il vient de l'avouer… Que le diable m'emporte, par exemple, si je devine comment il a pu arriver là.
Au-dessus d'eux, le dialogue avait continué:
—Faire parler Croutot? reprit Suzanne, ne comprenant pas, le pygmée a-t-il donc quelque moyen de remettre le général Labor sous notre puissance?
—Que la peste soit du général qui a tout éventé et qui fait fusiller mes hommes! En ce moment, la troupe occupe ma métairie et m'empêche d'y aller rien prendre des sommes que j'y avais enfouies… Le plus vite que j'aurai quitté le pays sera le meilleur pour moi… Mais le quitter les mains vides! Tonnerre de Dieu!
—Croutot pouvait-il donc te faire rentrer dans l'argent caché à la métairie?
—Non! Mais il pouvait me dédommager au centuple de ce que je viens de perdre… Par lui, d'un seul coup, je m'emparerais d'un butin que vingt années de pillage n'auraient su me donner.
Et, d'une voix étranglée par la fureur et la cupidité déçue:
—Par Croutot, j'avais des millions.