—Je lui ai réglé son compte, à la bâtarde qui, après m'avoir jadis privée des caresses de ma mère, voulait encore me voler l'amour de mon homme, bégaya-t-elle.

Tout en essuyant son front ensanglanté, elle éclata d'un rire de joie féroce, puis elle reprit.

—Je guettais la gothon. J'étais certaine qu'elle irait se poster sur le passage de François à son départ… Ça n'a pas raté! Quand je suis entrée dans le chemin creux, je l'ai aperçue à l'autre extrémité qui faisait sa bouche en coeur avec mon homme. J'ai attendu, car François eût été capable de me rosser pour défendre la chipie. Après leur séparation, comme elle revenait, je l'ai happée au passage d'un bond si violent, qu'en roulant avec elle dans le sentier, je me suis ouvert le front sur un caillou du sol… Oh! alors, des pieds, des mains, des dents, je lui ai payé d'un seul coup le présent et le passé… Elle avait beau faire sa voix douce et suppliante, la gaupe, j'ai réglé nos comptes.

Elle frémissait d'une satisfaction terrible qu'elle ponctua d'un nouveau ricanement sinistre; puis elle ajouta railleusement:

—Tu sais, Bas-des-Reins, si tu es venu ici pour parler à la Julie, tu la trouveras dans le chemin creux, mais hâte-toi, mon bonhomme, car je crois bien qu'elle va tourner de l'oeil.

Croutot, sans mot dire, partit en courant.

À gauche de la chaumière s'ouvrait le chemin creux, sorte de crevasse qui conduisait à la Loire. La nuit claire permettait de voir à vingt pas.

—La voici, pensa le nain quand, au bout de cinq minutes de marche, il aperçut une masse noire étendue sur le sol en travers du sentier.

C'était le corps de Julie.

Le premier mouvement du pygmée fut bon, car il se précipita sur la jeune fille pour la secourir et put aussitôt constater son état. Morte, il s'en fallait. Elle avait seulement perdu connaissance.