Au sourire voluptueux qui apparut sur ses lèvres, Meuzelin comprit sa pensée. Il se remit à hocher la tête en disant:
—Nous nous entendons de moins en moins, ma jolie Putiphar. Je suis un vrai Joseph. Tu perds ton temps. Je vais bien t'expliquer ta situation. Ta peur première t'a fait commettre une faute, celle de me reconnaître pour ton mari devant Labor. Après cet aveu, que peux-tu aller lui conter sur moi sans exciter sa défiance? Et puis, moi, est-ce que je n'ai pas aussi une langue pour dévider mon petit chapelet… avec preuves à l'appui?
En prononçant avec lenteur il répéta:
—Oui, ma fille, avec preuves à l'appui.
Un nuage passa sur le front de la fausse comtesse en entendant ces mots menaçants. Quelles étaient ces preuves?
—Ah! à propos, fit Meuzelin, j'ai une demande à t'adresser. En prenant la place de madame de Méralec, tu as aussi pris ses malles, coffres et caisses. En as-tu fait le compte, ma fille? As-tu tout le bagage au grand complet?
Cette question rappela à la châtelaine la visite que, quelques heures auparavant, lui avait faite Croutot pour la prévenir qu'une caisse avait disparu du bureau de poste d'Angers.
Cependant Meuzelin avait continué:
—Si, par hasard, tu t'étais aperçue qu'il te manque une caisse, je pourrais t'en donner des nouvelles. Elle renfermait de bien précieux papiers de la comtesse défunte… Une vraie mine de ce que j'appelle des preuves à l'appui.
Cela dit, et sans même voir l'effet produit, Meuzelin poursuivit: