Comment son père avait-il mérité l'échafaud? Gervaise ne songea pas à se le demander. Elle n'eut qu'une seule pensée, pensée de honte et de désespoir, c'est que la mort ignominieuse de son père venait de lui être reprochée devant celui qu'elle aimait, et elle ne se dit pas que, peut-être, Vasseur, sachant tout, l'avait aimée quand même.

Alors, affolée par une désespérance suprême, Gervaise vit, grande ouverte, la fenêtre près de laquelle elle était assise, et avant que Meuzelin, arrivé derrière la femme, et Vasseur pussent prévenir son dessein, elle se précipita dans le vide.

Vasseur s'élança trop tard, pour la retenir. Quand il arriva à la fenêtre, il vit le corps s'abattre sur le sol et le bruit du coup sourd de la chute monta jusqu'à lui.

Gervaise gisait, immobile, brisée.

Il s'élança vers l'escalier, suivi par Meuzelin, si bien terrifié par l'épouvantable catastrophe, qu'il oublia la créature dont les paroles avaient tué Gervaise.

Suivant une habitude de chaque soir, la jeune fille, quand elle revenait du parc par l'escalier de service, refermait la porte dont elle gardait la clef dans sa poche jusqu'au lendemain à l'heure où elle allait faire sa visite matinale à son jardinet.

En arrivant à cette porte, les deux hommes la trouvèrent donc fermée à double tour.

—Enfonçons-la, dit Meuzelin qui venait de remarquer qu'elle développait en dehors.

Adossés au bois, ils se raidirent sur leurs jambes.

La porte était solide. Elle résista à cette pesée.