—Alors vous êtes un faux Bokel! L’autre, le vrai, n’est pas capable d’un tel trait!

Bokel prit son air digne et d’une voix lente et grave:

—Monsieur Polac, dit-il, vous oubliez que, sous chaque tailleur, il y a un homme... De ce que le fournisseur s’est montré quelquefois un créancier sévère, il n’en faut pas déduire que l’homme n’aime pas à savourer les doux charmes de la bienfaisance.

—Ah bah! fit railleusement Timoléon à cette belle phrase.

Et, mal convaincu, il se prit à tourner et retourner le billet en ajoutant:

—Si vous êtes le Bokel véritable, c’est alors votre billet qui est faux... Je suis certain d’avance de ne pas pouvoir le passer.

Comme si une fée eût voulu le mettre à même de tenter tout de suite l’épreuve, on frappa au même instant à la porte et la voix du portier cria grossièrement:

—Puisque le gros monsieur est entré, vous pouvez bien m’ouvrir... Je vous avertis que le patron m’a autorisé à aller chercher un serrurier... Ainsi donc, de l’argent ou on vous flanque dehors.

D’un bond, Polac fut à la porte qu’il ouvrit et, lançant le billet à la face du concierge:

—Tiens, bélître! dit-il, va payer ma note et remonte-moi le reste de la somme.