—Voilà le plantureux déjeuner, que je comptais m’offrir, vite digéré, ajouta-t-il.
—Bah! bah! fit Bokel en appuyant sur les mots, nous n’en dînerons que mieux.
—Nous? répéta Polac.
—Sans doute. Nous... car je compte bien, Monsieur Polac, que vous me ferez l’honneur d’accepter le dîner que ma fille a fait préparer à votre intention.
Nous l’avons dit, Timoléon était un garçon qui savait fort bien que tout effet a sa cause; que rien ici-bas ne s’obtient gratis. Fort persuadé que, tôt ou tard, il lui faudrait compter avec son ex-farouche créancier, il obéissait, pour la circonstance, au précepte proverbial: «Mieux vaut tenir que courir.» Ce fut donc sans la moindre surprise qu’il répondit:
—Puisque ce dîner est préparé à mon intention, je serais un rustre de refuser, mon cher bienfaiteur... Vous permettez que je vous appelle mon bienfaiteur, n’est-ce pas?
—Oui, oui, en attendant mieux, répondit Bokel d’un petit ton malin et avec un amical regard en coulisse.
Avant que Timoléon pût lui demander l’explication de sa phrase, il avait gagné la porte en disant:
—J’ai une petite course fort pressée à faire dans le quartier... Avant une heure, je reviendrai vous prendre.
Sur le seuil de la chambre, il se retourna et, avec la même voix et le même regard tendre, il répéta: