En France, a-t-on dit assez justement, tout finit par des chansons. C’est donc par des chansons de l’époque que nous allons essayer d’exprimer les diverses nuances du plaisir que causait, à si peu de distance de leur Restauration, le retour des Bourbons. «Ramené par l’amour de notre peuple», avait d’abord dit Louis XVIII, avant de s’asseoir sur ce trône que, quinze jours plus tard, il prétendait tenir de Dieu et de ses ancêtres. Or, cet amour, nous le répétons, avait ses degrés.

On comptait, en première ligne, les fanatiques qui chantaient à l’heure cette cantate:

Monarque, ami de l’olivier,
Toi, que le ciel dans sa clémence,
Voyant les larmes de la France,
Envoya pour les essuyer... etc.

Ceux-là étaient les satisfaits, tous gens bien placés, à même le râtelier du budget. Leurs cantiques partaient d’un estomac repu et leur adoration s’entourait de toutes les formes sous lesquelles on avait reproduit les augustes traits de monarque, ami de l’olivier. D’aucuns, même, portaient son portrait en boutons de culotte.

Après ces sectaires, arrivaient les expectants. On leur avait fait des promesses qu’on n’avait pas encore réalisées. Aussi avaient-ils piqué leur amour avec une épingle sur un bouchon pour qu’il ne se défraîchît pas les ailes, et ils attendaient pour le reprendre que la manne tombât sur eux. C’étaient les sondeurs, les «Faudrait voir à voir». Ils avaient été fort chauds, mais, peu à peu, ils s’attiédissaient en chantant, avec prudence pourtant, certains couplets, demi-hargneux, dont le refrain était:

Laissons folâtrer le mouton.

Venaient ensuite les blagueurs, moitié figues et moitié raisins. Pas encore ennemis, mais bien près de l’être. Riant pour ne pas avoir à se fâcher. A propos du déluge de médailles, portraits, bustes, statuettes qui reproduisaient la face de l’ami de l’olivier, ce clan-là chantonnait:

En bois, en ébène, en albâtre,
On l’offre sans cesse à nos yeux.
Il est déjà pas mal en plâtre;
En terre il serait beaucoup mieux.

Enfin arrivaient ceux qui aimaient le monarque d’une façon... féroce, à peu près comme le crocodile ou le requin aime l’homme. Ces derniers, donnant pour sujet à leur muse l’embonpoint royal, chantaient entre leurs dents:

Qu’on ferait de bonnes saucisses,
Avec un cochon aussi gras!
L’éléphant, jaloux de ses cuisses,
Dit: Je ne suis qu’un échalas!
Et de rage il pleure tout bas.