Comme l’avait prédit Dumouchet, un triple éclat de rire ponctua sa phrase.
—Comment aviez-vous pu déjà consulter les cartes sur un héritage dont vous ne vous doutiez même pas quand vous êtes entré dans mon cabinet? reprit le notaire.
—Voilà justement ce qui augmente ma confiance, car c’est quand rien au monde ne pouvait faire supposer l’héritage qu’une tireuse de cartes a prédit que le plus bel avenir m’était réservé.
—Une farceuse qui a voulu se moquer de toi, dit Timoléon en goguenardant.
—Erreur, cousin.
—Pourquoi?
—Parce que ce n’est pas à moi que cette prédiction a été faite.
—A qui donc? à ta femme?
—Non, à mon rôtisseur... Oui, oui, riez, riez... mais la chose n’en est pas moins vraie... Apprenez qu’il y a une douzaine de jours, ma famille et moi, nous mourions de faim, quand tout à coup, je vis entrer, suivi de son aide, le rôtisseur qui habite ma maison. L’un et l’autre étaient chargés de plats qu’ils posèrent sur tous les meubles... même sur la table de nuit, où fut placé un jambon. Et comme je m’étonnais de ces victuailles en me disant trop pauvre pour les payer, le rôtisseur me répondit: «Mangez sans crainte, vous me payerez plus tard; j’attendrai, car une tireuse de cartes m’a annoncé qu’un superbe avenir vous est réservé.»
Et Dumouchet, cela dit, ajouta encore sur le ton de la plus ferme conviction: