Au milieu de la terrible catastrophe, Bokel aurait pu placer sa fameuse phrase: «La Providence me sourit», car le premier choc avait renversé la marmite profonde dans laquelle il était bel et bien en train de se noyer, attendu qu’il y était entré la tête la première. Trop peu ingambe pour se retourner, et, au milieu de l’épouvante générale qui ne laissait pas penser à lui, il aurait péri dans cette marmite, sans ce choc qui avait fait rouler l’énorme récipient.
Lorsqu’il rentra sous le pont, Paméla, restée près du hamac de Timoléon, abattu par ce long jeûne, se précipita au devant de lui.
—Papa, demanda-t-elle, quelle est la cause de ces trois secousses?
Encore à demi suffoqué par sa noyade, presque étranglé par l’effroi, Bokel resta sans répondre, inondant le parquet de l’eau qui ruisselait de ses habits.
—Oh! oh! fit Timoléon, ce qui est arrivé doit être bien grave, car je vois que vous avez couru pour venir me l’annoncer. Avez-vous chaud, mon Dieu! Quelle transpiration! Vos habits en suintent. Ne vous laissez pas refroidir, beau-père.
Puis, tout à coup, d’une voix étonnée:
—Parbleu! voilà qui est drôle! s’écria-t-il.
—Quoi donc? demanda Paméla.
—Je ne sens plus le mal de mer, il vient de me quitter brusquement.
En effet, la Méduse, échouée sur le sable, n’ayant plus ni roulis ni tangage, le malaise de notre héros avait cessé.