—Non, monsieur, je l’avais achetée après une heureuse veine au jeu.
—Chez quel bijoutier?
Prévannes, à cette question, eut un très-court moment d’hésitation, puis répondit:
—Je ne saurais vous désigner le bijoutier, attendu que cette argenterie était d’occasion. Elle m’avait été vendu par un ami dans la gêne, pauvre garçon qui a été tué à la bataille de Champigny.
A cette réponse, le commissaire regarda Maurice dans les yeux, et d’un ton moqueur:
—Une argenterie d’occasion! répéta-t-il; alors il faut reconnaître que l’occasion a été on ne peut plus complète puisque cette argenterie s’est trouvée justement marquée à vos initiales: M. P., Maurice Prévannes.
A vouloir se montrer fin, le commissaire en arrivait vraiment à être niais. Pourquoi cette question saugrenue? N’était-il pas du dernier simple de se dire que Maurice, après son acquisition faite, avait donné ses initiales à graver?
Et pourtant, sous cette remarque absurde, devait se cacher quelque danger pour Prévannes, car il pâlit légèrement comme si le magistrat, sans s’en douter, avait effleuré une corde désagréablement sensible au jeune homme.
Hâtons-nous d’ajouter que M. O***, fit tout de suite amende honorable de son observation ridicule en ajoutant au plus vite:
—Que le hasard vous ait fait trouver votre chiffre sur ces couverts ou que vous l’ayez fait graver après l’achat, c’est un détail de nulle importance, car je n’ai aucunement l’intention de vous contester la propriété de cette argenterie.