—Mon père venait de mourir... commença la mari de Clarisse...
—Pardon, dit M. O***, après l’avoir interrompu d’un geste, d’abord quelques détails sur feu votre père.
—J’avais deux ans quand mon père devint veuf. A ce chagrin s’en joignit un autre, celui de me voir peu à peu perdre la vue, car je n’étais pas aveugle de naissance. Soit qu’il se fût adressé à des médecins moins habiles ou moins hardis que le médecin qui m’a opéré, il crut mon infirmité incurable et, dès lors, il n’eut plus d’autre souci que d’assurer l’avenir qui m’attendait après sa mort. Il était caissier dans une importante maison de banque qui lui avait accordé un petit intérêt dans ses affaires. Tout ce qu’il pouvait faire d’économies, mon père le plaçait à fonds perdu sur ma tête, sachant bien que je serais incapable d’administrer jamais une fortune, moi que mon infirmité mettait à la merci du premier intrigant venu. C’est à la prudence paternelle que je dois donc cette rente viagère de 6,000 francs que me paye le compagnie La Précaution.
Quand il n’avait pas sa Clarisse en tête, Mathurin Poliveau, on le voit, n’était plus d’une conversation aussi stupide ni d’une crédulité à faire rire les ânes.
Il continua:
—Une après-midi, il y a neuf mois, au milieu de septembre...
—Quelques jours à peine avant le blocus de Paris, pensa le commissaire.
Et, interrompant:
—Saviez-vous alors que Paris était à la veille d’être assiégé? demanda-t-il.
—Nullement, je vivais, ou, plutôt, mon père me faisait vivre dans une telle ignorance de ce qui pouvait m’inquiéter que je ne me doutais de rien. Je reprends: Une après-midi, il y a neuf mois, au milieu de septembre, on apporta au logis le corps de mon père, que la rupture d’un anévrisme avait tué en pleine rue.