—Revenons à ce coup de sonnette qui retentit alors que vous étiez si inquiet du retard de votre bonne.
—J’allai ouvrir et, aussitôt, j’entendis ces paroles articulées par une voix franchement amicale:
—Mon cher voisin, je viens vous offrir mes services, car j’ai pensé que vous deviez être grandement désorienté par l’abandon de votre servante.
—Comment? Javotte m’a abandonné! m’écriai-je, abasourdi par cette nouvelle inattendue.
—Je vous répète ce que m’a conté tout à l’heure le concierge auquel cette créature sans cœur a annoncé, hier soir, en filant avec sa malle, qu’elle avait assez de son métier de chien d’aveugle... Alors je me suis dit: Touriquet, mon ami, ce brave jeune homme aveugle doit être bien empêtré par cette indigne conduite. On se doit aider entre voisin de carré... Et j’ai sonné à votre porte.
—Quoi! Javotte est ainsi partie, après trente longues années de services! répétai-je avec un étonnement douloureux.
—Bah! bah! fit mon voisin Touriquet. Comme vous ne sauriez chercher vous-même une autre bonne, je me charge de vous en trouver une plus jeune et plus fidèle que votre Javotte... Mais, pour le quart d’heure, il faut s’occuper du plus pressé, c’est-à-dire de votre déjeuner. Il me reste, du mien, un peu de jambon et une tranche de pâté; permettez-moi de vous offrir ces victuailles.
Effectivement il revint, dix secondes après, en m’apportant les comestibles annoncés.
Que vous dirai-je! Un frère n’aurait pas été plus dévoué que Touriquet. Notre vie devint intime. Il fut mon ange protecteur.
A mesure que Poliveau parlait, le commissaire étudiait sa physionomie naïve et il y lisait l’expression de la plus crédule bonne foi. Sceptique en diable qu’il était, il ne croyait pas à cette fuite de Javotte, que, selon lui, on devait avoir fait disparaître pour assurer la réussite du projet inconnu dont ce Touriquet était le premier metteur en scène.