—Ils sont en argent, n’est-ce pas? reprit le commissaire, qui, du premier coup d’œil, venait de s’assurer qu’ils étaient en ruolz.
—Je le crois... du reste, tels qu’ils sont, ils me viennent de mon père, répondit Mathurin en allant remettre en place le couvert qui lui avait été rendu.
—On lui a volé les vrais qu’on a remplacés par ceux-là, pensa M. O*** pendant la courte absence de notre héros.
Et quand ce dernier fut revenu:
—Dites-moi, reprit le magistrat, ne m’avez-vous pas prétendu que vous sauriez reconnaître votre femme à la voix?
—Rien qu’à l’entendre faire: Puh, puh, pour refroidir sa soupe.
A cette réponse, le soupçon de M. O*** se corsa de cet autre souvenir que, le matin, Prévannes et Baba n’avait plus ouvert la bouche dès que Poliveau avait fait irruption dans le cabinet.
Après un petit silence donné à la réflexion, M. O*** regarda notre héros en semblant se demander s’il fallait tenter l’aventure dont l’idée venait de lui surgir en tête.
La face niaise du bonhomme et le récit de son mariage accusaient chez Mathurin une si monstrueuse crédulité que le commissaire crut pouvoir se risquer à mettre son projet à exécution.
—Monsieur Poliveau, dit-il, voulez-vous me permettre d’être franc avec vous?