Arrivé au bout de la rue, Poliveau donna deux coups de bâton devant lui, deux autres à sa droite, et, pour prouver son aptitude d’aveugle, annonça au commissaire:

—Tenez, c’est ici que je prends à droite.

—Bon, je m’en doutais! se dit le magistrat en voyant son homme, au premier crochet, tourner le dos à la rue Dauphine.

Restait à savoir si la promenade durerait longtemps.

Toujours tâtant du bout de son bâton, Poliveau remonta le Faubourg Montmartre, tourna dans la rue Lafayette, enfila le boulevard Haussmann, et arriva enfin à l’Opéra.

M. O*** se gardait bien de parler de peur de distraire le marcheur.

Celui-ci ralentit bientôt son pas pour dire:

—Hein! vous y reconnaissez-vous? N’est-ce pas que je suis dans le bon chemin?

—C’est pourtant vrai que vous allez rue Dauphine, répondit le commissaire.

La vérité était que, pour la troisième fois, Mathurin venait de faire le tour de l’Opéra.