Un spectateur fait enfin passer une paire de ciseaux à ongles pour trancher la difficulté.

Bientôt la dame attachée lance un second hurlement, car elle vient de sentir qu’on lui entamait la peau. C’est son époux qui, effaré par les clameurs de la foule, est tellement troublé qu’il est en train de trancher l’oreille de sa femme pour séparer les deux prisonniers, au lieu de songer à couper le favori. Le cri de sa femme le rappelle à des idées plus simples, et bientôt M. de Croustaflor peut regagner sa place en abandonnant une forte touffe de son ornement qui reste pendue à l’oreille de la dame.

Les Ribolard ont vu de loin cette mutilation.

Le vermicellier en est tout pâle et murmure:

—Comme le noble duc doit souffrir; lui, si coquet de sa personne qu’il vient de Monaco à Paris pour se faire tailler les cheveux.

Le calme s’est enfin rétabli, et le public écoute l’acte, qui est le plus important de la pièce. C’est là que se trouve la scène capitale entre l’héroïne et le traître, où dit-on, les acteurs chargés du rôle font crouler la salle entière sous les bravos des assistants.

Bientôt ce moment arrive. Les artistes jouent la scène avec une telle âme que le public enthousiasmé se met à claquer des mains et à trépigner avec frénésie.

Comme tout le monde, MM. de Croustaflor et Bonifacio ont frappé des pieds avec un acharnement qui soulève les nuages du poivre versé par Borax devant leurs places.

Aussi, après la sortie du traître, quand l’héroïne, restée seule, commence son monologue sentimental pour invoquer une tante qui, du haut des cieux, veille sur son innocence, elle est tout à coup interrompue par les épouvantables éternuments de l’illustre duc de Croustaflor, auquel le poivre ravage le nez. Il a beau vouloir se retenir, il éternue sans relâche et avec une telle force que c’est à croire que sa tête va se détacher de son corps.

L’actrice est obligée de s’arrêter pour attendre la fin des exercices de ce spectateur qui, à chaque fois, va frapper du crâne dans le dos du musicien placé devant lui.