—La première impression du comte sur Virginie laisse un peu à désirer; il faut que je remette le soin de la persuader à son père, qui est adroit comme un singe.

A ce moment même, Ribolard, l’adroit comme un singe, entre dans la chambre. Il a aussi cherché un ingénieux moyen de surprendre l’opinion de sa fille, et il arrive tout heureux de l’avoir trouvé.

—Ninie, devine un peu le beau rêve que j’ai fait cette nuit?

—Tu as songé au drame de l’Ambigu.

—Pas du tout, j’ai rêvé que tu te promenais en mer, traînée par des phoques gracieux...

—Alors, je devais avoir bien peur?

—Non, pour te rassurer, tu avais à tes côtés le noble comte de Bonifacio... Tu sais, ce jeune homme d’hier qui a l’âme si sensible, le cœur si tendre.

—Et le nez si court! interrompt Virginie.

—Tu trouves qu’il a le nez un peu court; c’est drôle, je ne l’ai pas remarqué... balbutie le vermicellier, déconcerté par la réplique.

—Quand tu es entré, j’étais justement en train de parler de ce monsieur avec maman. N’est-ce pas, petit père, qu’il est affreux?