—Que voulez-vous? La poudre à chandelier n’a pas marché ferme cette semaine. J’ai eu beau dire qu’elle nettoyait aussi les dents, je n’en ai pas vendu une boîte de plus...
On était arrivé à la porte d’un petit restaurant dans lequel les jeunes gens firent entrer l’affamé.
On alla bien vite au plus pressé, en installant aussitôt le malheureux devant une copieuse soupe aux choux.
A chaque cuillerée qu’il avalait, le saltimbanque répétait:
—Hein! Bourreau, es-tu content? te voici à la fête, mon gaillard! j’espère que tu vas me laisser un instant tranquille?
—Là! fit le peintre Ernest, maintenant que Bourreau peut patienter jusqu’à l’arrivée des côtelettes, causons un peu, ami Borax.
—Bien volontiers.
—Alors, expliquez-nous comment il se fait que vous soyez arrivé à ce point de...
—A ce point de mourir de faim. Oh! ne craignez pas de finir, mon cher protecteur, dit le bonhomme en voyant l’artiste hésiter. Ma réponse est bien simple. Je suis de ceux qui n’ont pas de veine, de ceux qui, le jour où il ramassent dix sous à terre, tombent sur une pièce fausse. Rien ne leur réussit, quoi! ils trouvent moyen de se casser une dent en mangeant du fromage à la crème.
—Et vous n’avez pas cherché à combattre?