I
Certain dimanche du mois de mars 1816, au premier étage d’une belle maison de la rue Richelieu, dans un cabinet de travail, orné de nombreux cartons à étiquettes, d’où s’exhalait une odeur de vieux papiers, un monsieur, d’une cinquantaine d’années, se tenait immobile, raide comme un pieu, et élevant au-dessus de sa tête ses deux bras en manches de chemise.
Cette position, qui, même pour le plus fin observateur, n’aurait pu indiquer que ce monsieur était un notaire, n’avait d’autre but que de laisser libre en ses évolutions un petit homme, rond comme une boule, qui, suant et soufflant, était en train, à l’aide d’une aune en cuir souple, de prendre mesure d’une culotte neuve à Me Louis-Athanase de la Morpisel, notaire royal.
—Rien à changer à nos dernières mesures, vous n’avez pas engraissé ni diminué depuis six mois, déclara le tailleur enfermant le carnet sur lequel il avait crayonné ses chiffres.
Un notaire en manches de chemise consent quelquefois à descendre de sa dignité. Aussi le nôtre, en baissant les bras, répliqua-t-il avec une pointe d’ironie dans le sourire et l’accent:
—Je ne puis en dire autant de vous, mon cher Bokel; vous engraissez, pour ainsi dire, à vue d’œil... La, vrai! vous devenez d’un dodu auquel il faut prendre garde.
Le tailleur ne tenait sans doute pas à ce qu’il lui fût ainsi parlé de son embonpoint, car il riposta avec une certaine aigreur:
—Dites tout de suite, monsieur de la Morpisel, que je vais bientôt porter mon ventre dans une brouette.