Le meilleur moyen d’arriver à ce but, qui s’offrit à lui, fut de s’occuper de l’habit, tant secoué, de M. de la Morpisel, qu’il avait promis de renvoyer, tout réparé, le surlendemain.
En deux clins d’œil, le ventru bonhomme eut promptement constaté le mauvais état des boutons, du collet et de la doublure des basques. (Disons, entre parenthèses, que M. de la Morpisel était un notaire qui usait beaucoup. Ce qui nous fait avancer cette assertion, c’est qu’il était veuf de sa troisième femme.) Après cet examen à première vue, Bokel, qui aimait à aller au fond des choses, introduisit dans les poches de derrière une main en quête de trous à boucher; puis, tout naturellement, il en vint à sonder la poche de côté.
Dans celle-là, le frou-frou d’un papier froissé se fit entendre, et la main du fouilleur ramena aussitôt une lettre, oubliée là par le notaire.
Nous n’en avons pas fait mystère, le digne tailleur était un maître curieux. De plus, nous l’avons dit, il cherchait à gagner du temps. Il ne pouvait donc pas trouver une plus agréable occupation que celle de lire cette lettre. En conséquence, il l’ouvrit et, comme tout autre l’eût fait à sa place, son premier soin fut d’aller chercher des yeux la signature.
—Tiens! tiens! fit-il sur le ton de surprise de celui qui rencontre un nom pouvant s’appliquer sur un visage de sa connaissance.
Mais il reconnut son erreur quand, revenu à l’en-tête de la lettre, il y lut son point de départ.
—Saint-Louis du Sénégal, murmura-t-il, alors ce n’est pas le même, car le mien n’a jamais quitté Paris.
Puis, avec la physionomie de l’homme qui se souvient, et après s’être encore assuré que la suscription portait bien l’adresse du notaire, il se posa cette question:
—Serait-ce l’ami dont me parlait ce matin M. de la Morpisel en me disant qu’il était si gros, si gros que force lui était de faire porter son ventre par ses nègres?
Après cette réflexion, et sa mémoire l’aidant toujours, Bokel ajouta: