Son renseignement pris, Bokel revint à la lettre aux deux tiers connue de lui, et en poursuivit la lecture jusqu’à la fin.

Sans doute que cette fin, au premier moment, ne lui avait pas inspiré grand intérêt, car ce fut seulement quand il était bien tranquillement en train de remettre le papier dans ses plis que tout à coup, en tressaillant de la tête aux pieds, il lâcha enfin le «sacrebleu!» que nous avons qualifié d’étrange.

Ce juron fut bref, rauque, à demi étranglé par l’émotion qui, subitement, empourpra les larges joues du tailleur. L’œil écarquillé, la bouche béante, la face illuminée par la joie, tout, chez Bokel, révélait le mortel brusquement surpris par une idée hardie qui lui ouvre un horizon immense, superbe... quelque chose comme un conte de fées qui promet de devenir une réalité splendide.

L’extase de notre gras personnage dura cinq minutes, après lesquelles il leva son regard, tout jubilant, vers le ciel, représenté par le plafond du cabinet et, les yeux fixés sur le piton de la rosace, il prononça d’une voix émue:

—Merci! mon Dieu! je tiens le gendre de mes rêves!

C’était après ce remercîment à la Providence, qui lui faisait sortir un gendre d’une poche de l’habit de M. de la Morpisel, que le tailleur, non sans avoir d’abord mis sous clef la précieuse lettre, était sorti de son cabinet pour aller rejoindre à la cuisine Paméla, Gertrude et le ragoût de veau qui s’était attaché au fond de la casserole.

On comprend de reste quelle fut aussi la joie de Paméla quand son père, alors qu’elle allait se mettre à table, lui avait annoncé, après un baiser au front, qu’il avait enfin trouvé un mari.

Aussi s’empressa-t-elle de demander:

—Beau garçon?

—Il est riche, répondit le papa.