[175] «Nous partons après-demain pour Méquinez, où est l'empereur, écrit Delacroix à Fr. Villot; il nous fera toutes sortes de galanteries mauresques pour notre réception, courses de chevaux, coups de fusil, etc. La saison nous favorise, nous avons craint les pluies, mais il paraît que le plus fort est passé.» (Corresp., t. I, p. 179.)

[176] Il agit ici de cet fantasias qui ont tenté le pinceau de tous les peintres qui visitèrent l'Orient. Cette première scène lui inspira une aquarelle qui devait figurer à la vente Mornay. Le catalogue Robaut la décrit ainsi: «Au premier plan, un peloton de cavaliers lancés au galop, à demi enveloppés de fumée; celui du milieu sur un cheval gris brandit son fusil; au second plan à droite, la porte de la ville avec d'autres cavaliers; au fond, des montagnes d'un bleu léger.»

[177] L'armée portugaise, qui, en 1758, venait à la conquête du Maroc sous les ordres de son roi, le chevaleresque Sébastien, livra en effet bataille à Abd-el-Melek dans cette plaine connue sous le nom l'Alcaçar-quivir. Sébastien y perdit la bataille et la vie.

[178] Le paysage de la rivière Sébou inspira une toile exposée au Salon de 1859, ainsi décrite dans le catalogue Robaut: «Six Marocains se baignent à l'un des tournants du fleuve peu profond. Au premier plan à gauche débouche un cavalier qui va faire rafraîchir son cheval. Tout auprès un baigneur étendu se repose. Sur l'autre rive, un cheval conduit par la bride a déjà le pied dans l'eau.»

[179] «Notre entrée ici à Méquinez a été d'une beauté extrême, et c'est un plaisir qu'on peut fort bien souhaiter de n'éprouver qu'une fois dans sa vie. Tout ce qui nous est arrivé ce jour-là n'était que le complément de ce à quoi nous avait préparé la route. A chaque instant on rencontrait de nouvelles tribus années qui faisaient une dépense de poudre effroyable, pour fêter notre arrivée.» (Corresp., t. I, p. 180.)

[180] Dans une lettre à Pierret du 23 mars, Delacroix décrit ainsi l'audience de l'Empereur: «Il nous a accordé une faveur qu'il n'accorde jamais à personne, celle de visiter ses appartements intérieurs, jardins, etc.. Tout cela est on ne peut plus curieux. Il reçoit son monde à cheval, lui seul, toute sa garde pied à terre. Il sort brusquement d'une porte et vient à vous avec un parasol derrière lui. Il est assez bel homme. Il ressemble beaucoup à notre roi: de plus la barbe et plus de jeunesse. Il a de quarante-cinq à cinquante ans.» (Corresp., t. I, p. 183.)

[181] La Réception de l'empereur Abd-Ehr-Rhaman est une des plus belles toiles de Delacroix: elle se trouve au musée de Toulouse.—A propos des audaces de coloriste qui effrayaient le public au Salon de 1845, Baudelaire écrivait: «Voilà le tableau dont nous voulions parler tout à l'heure, quand nous affirmions que M. Delacroix avait progressé dans la science de l'harmonie. En effet, déploya-t-on jamais en aucun temps une pareille coquetterie musicale? Véronèse fut-il jamais plus féerique? Vit-on jamais chanter sur une toile de plus capricieuses mélodies? Un plus prodigieux accord de tons nouveaux, inconnus, délicats, charmants? Nous en appelons à la bonne foi de quiconque connaît son vieux Louvre. Qu'on cite un tableau de grand coloriste où la couleur ait autant d'esprit que dans celui de M. Delacroix. Nous savons que nous serons compris d'un petit nombre, mais cela nous suffit. Ce tableau est si harmonieux malgré la splendeur de tons qu'il en est gris comme la nature, gris comme l'atmosphère de l'été, quand le soleil étend comme un crépuscule de poussière tremblante sur chaque objet. Aussi ne l'aperçoit-on pas du premier coup: ses voisins l'assomment. La composition est excellente, elle a quelque chose d'inattendu, parce qu'elle est vraie et naturelle.»—P. S. «On dit qu'il y a des éloges qui compromettent, et que mieux vaut un sage ennemi. Nous ne croyons pas, nous, qu'on puisse compromettre le génie en l'expliquant.»

[182] Tableau exposé au Salon de 1847.