—Le principal attribut du génie est de coordonner, de composer, d'assembler les rapports, de les voir plus justes et plus étendus.
—Très belle opposition à un homme d'une carnation chaude et jaunâtre: chemise blanc jaune, vêtement rouge, cire à cacheter; manteau orange terre de Sienne brûlée.
[211] Ce tableau était un des cinq envois que Delacroix fit au Salon de 1845. (Voir Catalogue Robaut, n° 927.) A ce propos, il écrivit au critique Thoré, qui avait été un de ses premiers et de ses plus fervents admirateurs, ce curieux billet: «J'ai envoyé, cher monsieur, cinq tableaux... Mettons-nous en prière à présent, pour que messieurs du jury laissent passer mon bagage. Je crois qu'il serait bon de n'y pas faire allusion d'avance, de peur que par mauvaise humeur ils ne réalisent cette crainte.» (Corresp., t. I, p. 301.)
[212] Étienne Pivert de Senancour, écrivain moraliste né à Paris en 1770, mort en 1846. Rêveur sans illusions, athée et fataliste, il écrivit un certain nombre d'ouvrages, fruits de ses tristes méditations et de son esprit chagrin. Obermann avait été publié pour la première fois en 1804. Une deuxième édition parut en 1833, avec une préface de Sainte-Beuve, et une troisième un peu plus tard avec une préface de George Sand, à laquelle Delacroix fait ici allusion. Voici, d'ailleurs, comment Sainte-Beuve appréciait le talent de Senancour: «C'est à la fois un psychologiste ardent, un lamentable élégiaque des douleurs humaines et un peintre magnifique de la réalité.»
[213] Ce tableau, la Mort de Sardanapale, exécuté en 1844, n'est que la réduction sans variante du tableau peint en 1827. (Voir Catalogue Robaut, n° 791.)
[214] Voir Catalogue Robaut, n° 60.
[215] Le génie de Victor Hugo était peu sympathique à Delacroix. Plus loin, dans son Journal, il porte un jugement sévère, qui pourrait même paraître injuste, sur le style du poète. Victor Hugo, d'ailleurs, ne l'aimait pas davantage. Il ne pouvait supporter que l'opinion publique, qui plus tard «devait faire à Delacroix une gloire parallèle à la sienne», accouplât leurs deux noms. Il appelait ses créations féminines des grenouilles, et si l'on s'en rapporte à une très curieuse plaquette intitulée: Victor Hugo en Zélande, publiée par Charles Hugo, on y verra que le poète reconnaissait au peintre «toutes les qualités, moins une, la beauté.» La vérité est qu'ils étaient de génie trop dissemblable pour pouvoir se comprendre, et que les critiques du temps, en unissant leurs noms, commettaient une de ces grossières erreurs dont ils étaient coutumiers.
«M. Victor Hugo, disait Baudelaire, est un grand poète sculptural qui a l'œil fermé à la spiritualité.» Rien ne peut mieux que cette brève observation faire toucher du doigt la cause de l'incompréhension de Victor Hugo en ce qui concerne les femmes de Delacroix!
[216] Lewis, romancier anglais, né à Londres, en 1773, mort en 1818. Il fut l'ami de Walter Scott, dont il encouragea les débuts, et de Byron, à qui il fit connaître la littérature allemande. Son plus célèbre roman, le Moine, est une œuvre de jeunesse où il a entassé tout ce que pouvaient lui suggérer une imagination exaltée et maladive, l'effervescence de l'âge et la lecture des ballades allemandes, des romans mystérieux, fantastiques, effrayants, alors à la mode. Comme poète, Lewis déploya un talent exquis de versification dans des Ballades imitées de Bürger.