Au plus fort de la Terreur, Mlle Clairon[293] était retirée à Saint-Germain, et dans le dernier besoin. Un soir, on heurte violemment à sa porte; elle ouvre après quelques hésitations; un homme vêtu en charbonnier se présente: c'était son camarade Larive, qui dépose un sac contenant du riz ou de la farine et s'en va sans mot dire.

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24 février.—Travaillé aux Arabes comédiens.

Le soir, chez M. le duc de Nemours: vu Pelletan[294], qui m'a fait des éloges de mon plafond, Philarète[295], Rivet. Désordre en sortant.

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25 février.—Chez Mme de Forget, le soir. Mme Henri m'a joué d'infâme musique moderne, entre autres, comme régal, les deux morceaux que les voisines du jardin ont écorchés tout l'été.

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26 février.—Dauzats[296] m'avait prévenu la veille que Mme la duchesse d'Orléans irait à l'Exposition de la rue Saint-Lazare et désirait m'y voir. Elle a été fort aimable pour moi.

En sortant, j'ai été rejoindre Villot, qui était venu le matin à une Exposition, rue Grange-Batelière: un Titien magnifique, Lucrèce et Tarquin, et la Vierge, de Raphaël, levant le voile... Gaucherie et magnificence du Titien! Admirable balancement des lignes de Raphaël! Je me suis aperçu tout à fait de ce jour que c'est sans doute à cela qu'il doit sa plus grande beauté. Hardiesses et incorrections que lui fait faire le besoin d'obéir à son style et à l'habitude de sa main. Exécution vue à la loupe: à petits coups de pinceau.