—Chez M. de Morny. J'ai vu là un luxe comme je ne l'avais vu encore nulle part. Ses tableaux y font beaucoup mieux. Il a un Watteau magnifique; j'ai été frappé de l'admirable artifice de cette peinture. La Flandre et Venise y sont réunies, mais la vue de quelques Ruysdaël, surtout un effet de neige et une marine toute simple où on ne voit presque que la mer par un temps triste, avec une ou deux barques, m'ont paru le comble de l'art, parce qu'il y est caché tout à fait. Cette simplicité étonnante atténue l'effet du Watteau et du Rubens; ils sont trop artistes. Avoir sous les yeux de semblables peintures dans sa chambre, serait la jouissance la plus douce.
Chez Mornay.
—Chez Mme Delessert, par le quai, où j'ai acheté le Lion de Denon [331], ne l'ayant point trouvé chez Maindron[332]. J'ai été reçu en son absence par sa vieille mère, qui m'a montré son groupe. Ce petit jardin a quelque chose d'agréable; il est peuplé des infortunées statues dont le malheureux artiste ne sait que faire. Atelier froid et humide; cet entassement de plâtres, de moules, etc.
Il est revenu et a été sensible à ma visite; son groupe en marbre qu'il a chez lui, depuis quelques années, sans le vendre; le bloc seul a coûté 3,000 francs.
—Le soir chez Mme Sand. Arago[333] m'a parlé du projet qu'il retourne avec Dupré, pour vendre avantageusement nos peintures et nous passer des marchands.
*
4 avril.—Donné à Lenoble 1,000 francs pour acheter des chemins de fer de Lyon, plus 2,000 francs pour mettre chez Laffitte.
—M. Dufays, 150 francs, qu'il me demande pour deux mois.
—Demander à Lenoble où en sont les actions sur Lyon qu'il m'a achetées il y a quelques mois.
—M. Dufays, le matin; Arnoux ensuite, qui a paru très froid en sa présence, malgré la coquetterie de l'autre.