4 mai.—Malaise dans le milieu de la journée, qui ressemble à de la fièvre. Je crois qu'elle revient un peu à l'heure qu'elle venait dans le commencement. Je me suis endormi vers deux ou trois heures, et l'état fiévreux était complètement passé.

Aubry était venu le matin. Ce que j'ai vu hier chez lui est fort triste pour l'avenir de notre école. Le Boucher et le Vanloo sont les grands hommes sur lesquels elle a les yeux, pour suivre leurs traces; mais il y avait chez ces hommes un véritable savoir mêlé à leur mauvais goût. Une niaise adresse de la main est le but suprême.

—Il est venu me chercher à cinq heures et demie, et j'y ai dîné: bonne et douce soirée.

—Je vois dans la presse l'annonce du mariage de Solange; cette précipitation est incroyable!

*

5 mai.—Resté au lit jusqu'à dix heures et demie. Villot m'a trouvé au lit; j'ai eu du plaisir à le voir.

Nous avons parlé des horribles ennuis de la vie. Chacun fait bonne contenance, mais chacun est dévoré... Il rencontre l'autre jour Colet, qui se montre joyeux de le voir et de causer avec lui, mais il le quitte bientôt et lui dit avec accablement: «Je rentre chez moi... Et pourquoi, et comment cela se peut-il autrement?»

De là nous passons à la nécessité de s'occuper pour échapper passagèrement au sentiment de nos maux. Il a remarqué que les vieillards n'éprouvent pas autant ce besoin. Il me cite M. Barbier, père de sa femme, et M. Robelleau. Ces deux hommes lisent très peu. Ils vivent avec leurs souvenirs, et l'ennui ne les gagne pas. Il me rappelle que Bataille[354], qui était désœuvré comme eux, en apparence, ne se plaignait jamais du poids du temps.

—Le soir, entré à Notre-Dame de Lorette. Entendu de la musique.

Ensuite chez Leblond; Garcia y était. Il m'a chanté un superbe air de Cimarosa, du Sacrifice d'Abraham. Mme Leblond m'a chanté quelque chose et m'a fait plaisir.