Vendredi 1er juin.—Travaillé beaucoup ce matin et jours précédents pour terminer la petite Fiancée d'Abydos[439] et la Baigneuse de dos[440].
Vers trois heures au Musée, pour mettre la petite retouche à mon tableau. Vu le tableau de Cœdès[441], qui m'a fait le plus grand plaisir: il y a mille études à en faire.
Villot m'a fait remarquer dans la grande salle française la supériorité que témoigne une telle École. Très frappé surtout de Gros et principalement de la Bataille d'Eylau; tout m'en plaît à présent. Il est plus maître que dans Jaffa; l'exécution est plus libre.
Dans la grande galerie, admiré les Rubens: sa figure de la Victoire placée dans l'avant-dernier tableau. Comme cette figure tranche sur les autres! les jambes même semblent faites par un autre que le maître; le soin s'y montre; mais la sublime tête en feu et le bras plié,... tout cela est le génie même.
Les Sirènes également ne m'ont jamais semblé si belles. L'abandon seul et l'audace la plus complète peuvent produire de semblables impressions.
Vu le Christ ressuscitant, du Carrache. Le terne et le poids de cette peinture m'ont fait voir ce que le sujet a de beau. L'ange, les yeux brillants comme un éclair, écartant la pierre; le Christ éblouissant de lumière, s'élançant du sein de la mort, et les gardes renversés de tous côtés.
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Samedi 2 juin.—Mme de Querelles m'a dit qu'elle avait vu chez un doreur le petit Arabe à cheval arrivant au galop sur cheval alezan. Elle m'a raconté les mêmes impressions que j'éprouve moi-même devant les sublimes Rubens; c'est incroyable dans une personne du monde!... La peinture, dit-elle, quand elle a ce genre de verve naturelle, la transporte comme la musique, lui fait battre le cœur. Elle me l'a répété sur tous les tons.
Impressions favorables à la fougue et au sentiment naturel.