On pourrait refaire pour tous les beaux ouvrages restés dans la mémoire des hommes ce que de Piles[486] fait pour les peintres seulement... Je me suis interrogé là-dessus, et pour ne parler que de la musique, j'ai successivement préféré Mozart à Rossini, à Weber, à Beethoven, toujours au point de vue de la perfection. Quand je suis arrivé au Mariage secret, j'ai trouvé non pas plus de perfection, mais la perfection même. Personne n'a cette proportion, cette convenance, cette expression, cette gaieté, cette tendresse, et par-dessus tout cela, et ce qui est l'élément général, qui relève toutes ces qualités, cette élégance incomparable, élégance dans l'expression des sentiments tendres, élégance dans le bouffon, élégance dans le pathétique modéré qui convient à la pièce.
On est embarrassé pour dire en quoi Mozart peut être inférieur à l'idée que j'ai ici de Cimarosa. Peut-être une organisation particulière me fait-elle incliner dans le sens où j'incline; cependant une raison comme celle-là serait la destruction de toute idée du goût et du vrai beau; chaque sentiment particulier serait la mesure de ce beau et de ce goût. J'osais bien me dire aussi que je trouvais dans Voltaire un coin fâcheux, rebutant pour un adorateur de son admirable esprit; c'est l'abus de cet esprit même. Oui, cet arbitre du goût, ce juge exquis abuse aussi des petits effets; il est élégant, mais spirituel trop souvent, et ce mot est une affreuse critique. Les grands auteurs du siècle précédent sont plus simples, moins recherchés.
—J'ai été voir à quatre heures les études de Rousseau, qui m'ont fait le plus grand plaisir... Exposés ensemble, ces tableaux donneront de son talent une idée dont le public est à cent lieues, depuis vingt ans que Rousseau est privé d'exposer[487].
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Mardi 26 février.—J'ai été convoqué par Durieu[488], pour juger le procédé Haro, que nous devons aller voir fonctionner à Saint-Eustache.
J'ai appris là ce que l'univers ne croira pas: la cathédrale de Beauvais manque d'une aile qui n'a jamais été achevée; ladite cathédrale est d'un gothique mêlé du seizième siècle. On discute sérieusement si le morceau qui reste à faire sera refait dans le style du reste ou dans celui du treizième siècle, qui est le style favori des antiquaires dans ce moment. De cette manière, on apprendrait à vivre à ces ignorants du seizième siècle, qui ont eu le malheur de n'être pas nés trois siècles plus tôt.
Après la commission, j'ai été voir Duban, en société de Vaudoyer[489], qui est dans mes idées sur l'architecture. Vu Duban.
Vu la galerie d'Apollon, etc.
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Mercredi 27 février.—Je travaille aux croquis pour Saint-Sulpice à soumettre à la Préfecture.