[487] Delacroix portera plut loin un jugement sur Rousseau. Il est intéressant de noter ici l'opinion de Rousseau sur Delacroix; on la trouve dans une très curieuse lettre du paysagiste, publiée par M. Burty dans, son volume Maîtres et petits maîtres. Cette lettre contient un parallèle entre Ingres et Delacroix, et conclut ainsi: «Faut-il vous dire que je préfère Delacroix avec ses exagérations, ses fautes, ses chutes visibles, parce qu'il ne tient à rien qu'à lui, parce qu'il représente l'esprit, le temps, le verbe de son temps? Maladif et trop nerveux peut-être, parce que son art souffre avec nous, parce que dans ses lamentations exagérées et ses triomphes retentissants, il y a toujours le souffle de la poitrine et son cri, son mal et le nôtre. Nous ne sommes plus au temps des Olympiens comme Raphaël, Véronèse et Rubens, et l'art de Delacroix est puissant comme une voix de l'Enfer du Dante.» (Ph. BURTY, Maîtres et petits maîtres, p. 157.)

[488] Eugène Durieu, administrateur et écrivain, né en 1800. Entré au ministère de l'intérieur, il devint en 1847 inspecteur général des établissements d'utilité publique. Chargé, après la révolution de Février, de la direction générale de l'administration des cultes, il institua une commission des arts et édifices religieux, et créa le service des architectes diocésains pour la conservation des monuments affectés au culte.

[489] Léon Vaudoyer, architecte, né le 7 juin 1803, mort en 1872. Il déploya un remarquable talent pratique dans la restauration des vieux monuments historiques, et fut nommé, en 1868, membre de l'Académie des beaux-arts.


Vendredi1er mars.—Vu l'exposition des tableaux de Rousseau pour sa vente. Charmé d'une quantité de morceaux d'une originalité extrême.

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Dimanche 3 mars.—A l'Union musicale: Symphonie en fa, de Beethoven, pleine de fougue et d'effet; puis l'ouverture d'Iphigénie en Aulide, avec toute l'introduction, airs d'Agamemnon, et le chœur de l'arrivée de Clytemnestre.

L'ouverture, un chef-d'œuvre: grâce, tendresse, simplicité et force par-dessus tout. Mais il faut tout dire: toutes ces qualités vous saisissent fortement, mais la monotonie vous endort un peu. Pour un auditeur du dix-neuvième siècle, après Mozart et Rossini, cela sent un peu le plain-chant. Les contre-basses et leurs rentrées vous poursuivent comme les trompettes dans Berlioz.

Tout de suite après venait l'ouverture de la Flûte enchantée: à la vérité, c'est un chef-d'œuvre. J'ai été aussitôt saisi de cette idée, en entendant cette musique qui venait après Glück. Voilà donc où Mozart a trouvé, et voici le pas qu'il lui a fait faire; il est vraiment le créateur, je ne dirai pas de l'art moderne, car il n'y en a déjà plus à présent, mais de l'art porté à son comble, après lequel la perfection ne se trouve plus.

Je disais à la princesse Radoïska, chez laquelle j'ai été en sortant de là: «Nous savons par cœur Mozart et tout ce qui lui ressemble. Tout ce qui a été fait à leur imitation et dans ce style ne le vaut pas, et nous a d'ailleurs fatigués ou rassasiés. Que faire pour être émus de nouveau?... surtout surpris? Se contenter des tentatives hardies, mais moins souvent heureuses, des génies quelquefois très éminents que le siècle produit. Que feront ces derniers, quand les modèles semblent n'être là que pour montrer ce qu'il faut éviter? Il est impossible qu'ils ne tombent pas dans la recherche.»