Lundi 8 avril.—Je devais aller assister tantôt à la séance de jugement des restaurateurs de tableaux; j'ai été obligé de me recoucher le matin et ai été très souffrant toute la journée.

J'ai fait venir le docteur. Au demeurant, c'était un état passager; je n'ai eu à le consulter que sur mon rhume. J'ai causé avec lui des affaires du temps, puis de sa profession.

Le pauvre homme n'a pas un moment de relâche. En comparant sa vie à la mienne, je me suis applaudi de mon lot... Les cours, l'hôpital, les examens lui prennent tout le temps qu'il ne donne pas à ses malades, aux opérations, etc. Aussi me dit-il qu'il se sent très souvent très lourd et très fatigué. Dupuytren est mort sous le faix et dans un âge peu avancé. C'est le sort presque immanquable de tous ses confrères, qui prennent à cœur leur profession.

Vraiment, je devrais réfléchir à tout cela, quand je me trouve à plaindre.

*

Samedi 20 avril.—Concert de Delsarte[494] et Darcier[495]: Anciens Noëls ou Cantiques chantés en chœur pour se conformer à cette passion du gothique, sans la satisfaction de laquelle les Parisiens ne peuvent trouver aujourd'hui de plaisir à rien.

Ce Darcier ne manque pas d'une certaine verve, et est doué d'une belle voix; mais les refrains vulgaires et cette musique de mauvais goût faisaient un effet désolant auprès des morceaux de Delsarte.

Un malheureux enfant de chœur a psalmodié, sans une étincelle de sentiment, quelques complaintes gothiques, accompagné par une espèce d'orgue qui ne marquait aucune nuance et l'écrasait complètement.

Mme Kalerji était devant moi et auprès de M. J... et M. Piscatory[496].

Il a fallu livrer bataille, en sortant, pour avoir ma redingote, et j'y ai sans doute repris une seconde édition de mon rhume.