Il n'y a pas une voix qui vous crie que vous devez prêter à la critique, pas une voix, celle de votre conscience moins que les autres, qui vous avertisse en secret. Qui donc, si vous ne vous le donnez vous-même, vous donnerait ce charitable avertissement? Je le dis charitable, dans l'intérêt de votre triste honneur, non dans celui des nécessités de votre position, des nécessités du bien vivre, du paraître. Qui vous le donnerait, cet avertissement que vous n'avez pas reçu comme une inspiration naturelle dans l'exercice d'un ministère et dans les méditations d'une situation qui vous rapproche de la source de toute vertu? L'attendriez-vous de ceux que vous appelez vos amis, quand vous ne l'avez pas senti en dedans de vous, dans le silence du sanctuaire? Quoi! vous approchez le Saint des saints! vous vivez dans la communion des élus! vous montez dévotement en chaire et les yeux baissés modestement comme pour interroger les replis de votre cœur, ou bien, les mains et les regards élevés comme pour attester l'auteur des saintes inspirations, vous étalez devant de tristes et faibles humains la corruption de leur nature, vous la leur faites toucher du doigt! Vous êtes ménager devant eux de ces promesses qui encourageraient, consoleraient leurs aspirations vers le bien; vous tonnez quelquefois, vous êtes la voix de Dieu lui-même! mais vous savez bien ce que c'est que cet instrument et quel est cet organe dont il se sert pour faire arriver sa parole jusqu'à ses créatures déshéritées. Oui! cette voix, en passant par vos lèvres, et je ne dis pas votre cœur, pour arriver à ces cœurs abattus, pour effrayer même les justes, cette voix, dis-je, réveille malgré vous dans vous-même un sentiment importun. Vous ne pouvez avoir aboli, à ce point, dans votre être, le sentiment du juste, qu'il ne se passe en vous un tumulte qui troublera et attristera la sécurité que la vue du monde, comme il est, vous a accoutumé à regarder comme la paix de l'âme. Vous remportez, au milieu de ces flatteurs, de ces corrompus, si attentifs à vous cacher leur corruption et à feindre de ne point s'apercevoir de la vôtre, un fond chagrin, une soucieuse attitude, que vous vous efforcez de faire paraître tranquille pour d'homme de l'habit que vous portez, pour paraître, par le calme de votre visage, aussi élevé au-dessus du commun des hommes, que vous semblez l'être par les insignes sacrés de votre dignité.

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4 janvier.—Soirée aux Tuileries. J'en suis revenu plus chagrin que de l'enterrement du pauvre Visconti. La figure de tous ces coquins[255] et de toutes ces coquines, ces âmes de valets sous ces enveloppes brodées, lèvent le cœur.

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5 janvier.—«Ainsi, dans toutes nos résolutions, il faut examiner quel est le parti qui présente le moins d'inconvénients et l'embrasser comme le meilleur, parce qu'on ne trouve jamais rien de parfaitement pur et sans mélange, ou exempt de danger.» (Machiavel.)

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17 janvier.—Les littérateurs font semblant de croire que l'oreille et l'œil jouissent, dans la musique et dans la peinture, comme le palais dans l'action de manger et de boire.

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25 janvier.—Ce soir, à la soirée de la princesse Marcellini, S..., en me parlant de Mozart, me dit qu'il avait laissé un petit livre dans lequel il notait tout ce qu'il composait: il y a des jours, des semaines, des mois pendant lesquels il ne fait rien; quand il s'y remet, c'est prodigieux; ce que c'est que l'ouvrage d'un seul jour quelquefois!