16 avril.—Ce matin, jour de Pâques, le soleil s'est montré de bonne heure et caché à plusieurs reprises. Le vent a l'air d'être tourné, et le ciel se couvre de nuages. Verrons-nous enfin cesser ce beau temps désolant? J'écris ceci à huit heures du matin en faisant des vœux pour être un peu mouillé.

—Ne pas oublier de payer le billet du vendredi saint, renvoyé à Champrosay, à Seghers, en excusant mon retard par ma légitime absence.

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17 avril.—Reçu le matin, pendant que je travaillais, une invitation pour le soir à l'Élysée: parti vers quatre heures.

Trouvé dans le chemin de fer une famille, mère fils, fille, avec des cheveux magnifiques: se rappeler ces effets vraiment charmants dans le jeune homme, dont les cheveux étaient très bruns, et dans le jeune enfant, qui les avait déjà châtains et tournés en boucles les plus capricieuses et pleines de grâce.

Fatigue pour arriver jusque chez moi et ennui profond jusqu'au moment d'aller à cette corvée, dont j'ai rapporté le même sentiment d'amertume et de mépris de moi-même, de me confondre avec tous ces coquins... On avait éclairé le jardin en lanternes de couleur et feux de Bengale, d'un joli effet. Voilà le beau pour ces gens-là! Une matinée d'avril les laisse indifférents.

Parti le lendemain, sans voir personne. J'ai été au Jardin des Plantes[289] passer une heure à voir les animaux, mais ils étaient paresseux et ne m'offraient pas grand'chose à étudier; d'ailleurs, la chaleur était excessive.

Revenu avec bonheur et toujours avec cette extase intérieure; cette jouissance que me donne le sentiment de la liberté dont je jouis et la vue de ces simples objets, si connus de mes yeux et (j'allais dire) de mon cœur, et pourtant si nouveaux chaque fois que je les retrouve en sortant du gouffre empesté qui nous prend le meilleur de nos jours.

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20 avril.—La pluie commence sérieusement au milieu de la journée et a l'air de s'établir: les feuilles semblent tressaillir de plaisir.