Berryer et ces messieurs avaient été à la messe; j'ai été un peu honteux à leur retour de ne les avoir pas suivis. J'avais été aussi, en suivant la rivière, jusqu'à l'endroit presque où elle sort de la propriété. Remarqué le château, à peu près, de cet endroit, encadré dans les arbres. En revenant, fait un croquis de l'angle et du côté de la cour.

Dans la journée, nous avons été avec des hommes et le furet pour prendre des lapins. Vu les rochers et les pins d'Italie.

L'évêque arrive vers quatre ou cinq heures. Dîner d'ecclésiastiques avec un M. de Rocheplate ou de Rocheville, voisin de campagne de Berryer. J'aime beaucoup cet évêque. Je suis de la nature de la cire; je me fonds facilement si tôt que j'ai l'esprit échauffé par un spectacle, ou par la présence d'une personne qui a quelque chose d'imposant ou d'intéressant. J'ai parlé du péché originel d'une façon qui a dû donner à ces messieurs une grande idée de mes convictions.

La soirée s'est passée ainsi très convenablement.

*

22 mai.—Avant d'aller à l'église[314], le matin, pour voir la cérémonie de la confirmation, Berryer, dans son cabinet qui précède sa chambre, m a lu des fragments de manuscrits de son père, où il raconte le premier service que mon père lui a rendu. Mon père se trouvait dans la situation de disposer de tout, sous Turgot: son salon d'attente était rempli de cordons bleus, de grandes dames et de solliciteurs de tous étages. Cette position lui occasionnait une foule d'attaques, à cause, dit Berryer le père, de son austère probité. Il avait commencé par être avocat et regrettait cette profession; de là tout naturellement le conseil qu'il donne à Berryer de s'y adonner, plutôt que de s'enterrer dans des bureaux. Plus tard, sous la Convention, Berryer, très compromis, est sauvé par lui.

Vu la bibliothèque, qui est tout au haut de la maison

Vers dix heures, on est venu chercher l'évêque en procession. Cette cérémonie m'a beaucoup touché.

Le père et la femme de Berryer sont enterrés dans l'église. L'idée m'est venue de leur faire un Saint Pierre[315]; c'est le patron de la paroisse, et c'était celui de son père; ce projet s'en ira peut-être avec mes sentiments catholiques du moment.

Après la cérémonie et l'exhortation de Monseigneur, nous avons assisté à la bénédiction des tombes dans le cimetière: c'est fort beau. L'évêque, tête nue, et dans ses habits, la crosse d'une main, le goupillon de l'autre, marche à grands pas et lance à droite et à gauche l'eau bénite sur les humbles sépultures. La religion est belle ainsi. Les consolations et les conseils que le prélat donnait dans l'église à ses rustiques ouailles, à ces hommes simples, brûlés par les travaux de la campagne et enchaînés à de dures nécessités, allaient à leur véritable adresse. Au retour, il a béni, avant de rentrer, les enfants que les mères lui présentaient.