8 juin.—Reçu ce matin, presque en même temps, la nouvelle de la mort de Pierret et de celle de Raisson[333]. Aujourd'hui, on doit enterrer le dernier. Henry vient m'inviter à aller dire adieu à son père. Triste vue! triste séparation!... Il est mort hier soir en revenant de chez sa fille à Belleville.
À quatre heures, au convoi de Raisson.—Je me suis promené, en attendant, quelque temps, et entré à l'église: affreuse décoration... Le malheureux Raisson a laissé vingt francs, dont il a fallu donner quinze à l'apothicaire. Il gagnait encore quinze mille francs... Quand il lui arrivait une petite somme à la fois, il faisait un voyage pour son plaisir ou arrangeait une partie: c'est ce que m'apprend un de ses amis.
Mon cher Pierret, dont la mort me laisse un tout autre vide, quoique je regrette aussi mon vieux Raisson, laisse sa famille dans une triste situation; c'est une suite de la vanité de sa femme qui a voulu faire la dame, au lieu de faire un métier et d'en faire faire un à ses filles.
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10 juin.—Enterrement du pauvre Pierret.
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12 juin.—Dîner du lundi. Delaroche m'a paru assez bon enfant. Tout le monde, excepté Dauzats, a été contre moi pour soutenir que les animaux seuls avaient de l'instinct, et que l'homme n'en a pas. Quoique le terrible Chaix-d'Est-Ange fût dans le parti contraire, j'ai soutenu mon avis avec la chaleur convenable, et depuis, il m'est revenu à l'esprit cent arguments plus forts les uns que les autres, que je n'ai pas dits.
Après, j'avais compté aller voir la Vestale, qu'on devait jouer avec un ballet: malheureusement le ballet était le dernier.
J'ai été voir si Mme Pierret était revenue s'établir à Paris. Elle est toujours à Belleville, commençant son métier de veuve avec le faste nécessaire, quand tout lui commandait d'être ici pour les démarches, pour son fils, etc.
Le bon Piron venu chez moi pendant mon absence, après la lettre tendre que j'avais reçue de lui dans la journée et par laquelle il me demande aimablement d'aller avec lui à Aix, où il doit prendre les eaux. Je suis bien touché de son amitié. Je l'ai connu avant Pierret, et jamais un nuage n'a altéré notre attachement[334].