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26 juin.—Point d'entrain toute cette journée.—Dauzats venu avec M. Bonnet, de Bordeaux.
Je trouve ceci dans un article de Sainte-Beuve sur saint Martin, qui est un résumé des idées de ce dernier sur l'âme: «Selon lui, l'âme humaine, toute déchue et altérée qu'elle est, est le plus grand et le plus invincible témoin de Dieu; elle est un témoin de Dieu bien autrement parlant que la nature physique, tellement que le vrai athée (s'il y en a) est celui qui méconnaît sa grandeur et en conteste l'immortelle spiritualité: le propre de l'âme de l'homme, tant elle a conservé de royales marques de sa hauteur première, est de ne vivre que d'admiration, et ce besoin d'admiration dans l'homme suppose au-dessus de nous une source inépuisable de cette même admiration qui est notre aliment de première nécessité.»
Il y a donc confiance que ce témoin perpétuel de Dieu, l'âme humaine, gagnera à l'épreuve de la révolution, etc.
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27 juin.—Dîné chez Riesener avec Vieillard.—Presque achevé, dans la journée, le Cavalier arabe et le Tigre de Weill. Arnoux[349] venu dans la journée. Il me parle du projet d'exposition de Delamarre[350]. Il dit que le Massacre[351] n'a pas gagné au dévernissage, et je suis presque de son avis, sans avoir vu. Le tableau aura perdu la transparence des ombres comme ils ont fait avec le Véronèse et comme il est presque immanquable que cela arrive toujours. Haro dit qu'il dévernit en lavant et non en frottant au doigt. S'il faisait cela, il aurait vaincu une grande difficulté. En attendant, il m'a gâté les portraits de mes deux frères enfants, par l'oncle Riesener.
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28 juin.—Travaillé le matin à l'Arabe et l'enfant à cheval[352].—Boissard venu. Ensuite Villot; sa vue la fait plaisir. Ils sont tous surpris de tout ce que je fais. Je leur dis qu'au lieu de me promener, comme la plupart des artistes, je passe mon temps dans mon atelier.
Penser à demander à Riesener mon étude d'arbres sur papier. Lui emprunter ses croquis et des études de paysage de Frépillon et autres, pour la fraîcheur du ton. Aussi celle de Valmont pour le sujet des Deux Chevaliers et des Nymphes, de la Jérusalem.
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