L'anecdote de Napoléon allant au mariage de Maret[410] à Saint-Cloud ou à Versailles. Il avait Talleyrand dans sa voiture; il lui dit que sa jeunesse avait fini à Saint-Jean d'Acre; il voulait dire, sans doute, sa confiance en son étoile. Les Anglais, disait-il, l'avaient arrêté là, comme il était en train d'aller à Constantinople. «Au reste, dit-il, ce qu'on m'a empêché de faire par le Midi, peut-être un jour le ferai-je par le Nord.» Talleyrand, surpris, écrivait quelques jours après à une vieille femme de l'ancien régime très connue: «Je ne sais si cet homme est fou (c'était encore au commencement du consulat); voilà ce qu'il m'a dit l'autre jour.»

Cette lettre tomba plus tard dans les mains de Pozzo; c'était au moment de la campagne de 1812. Pozzo, qui allait partout cherchant des ennemis à Napoléon, va jusqu'au Divan. Comme la Turquie était en guerre avec la Russie, et au moment où une armée russe s'avançait, il montre la lettre, et vient à bout de faire conclure entre les deux empires le traité qui permit à la Russie de porter toutes ses forces contre la France.

—Revenu ce jour par de très beaux sites, entre autres le puits singulier qu'on voit extérieurement. Je regrette bien de n'avoir pas fait un croquis.

Rochers sur le devant, etc., comme aussi un couvert d'arbres où je me suis rappelé Norma.

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30 octobre.—Temps magnifique depuis trois jours.—Dans la journée, promenade avec ces dames, Berryer et le jeune M. de Quéru, par cet admirable temps et avec un grand sentiment de plaisir. Le clair de lune est magnifique après dîner; je n'en jouis qu'à moitié, à cause du cher Richomme qui n'a rien de romantique, mais qui est un bonhomme qui me plaît comme cela. Nous avons le soir avec nous M. de Laurenceau, qui était arrivé avec sa femme pour dîner.

Mme de C..., fort à son avantage au dîner: je tiens mon cœur à deux mains en sa présence, mais seulement quand elle a sa grande toilette et qu'elle montre ses bras et ses épaules; je redeviens très raisonnable dans la journée, quand elle a sa robe du matin. Elle est venue ce matin voir les peintures de ma chambre et m'a sans façon mené voir celles de la sienne, en me faisant passer par le cabinet de toilette. Ce qui me rassure sur ma sagesse, c'est que j'ai pensé que ce cabinet de toilette et cette chambre avaient vu dans d'autres moments la piquante M..., qui n'a ni ces bras ni cette gorge que je soupçonne, mais qui me plaît par le je ne sais quoi, par l'esprit, par la malice des yeux, par tout ce qui fait qu'on se souvient.

—La grand'mère de M. de Kerdrel lui disant au moment où, après avoir été élu en 1848, il allait siéger à Paris: «Mon fils, vous allez aux États, défendez bien les intérêts de la Bretagne.»

La grand'mère ou la mère de M. de Corbière, à qui on faisait compliment de ce que son fils était ministre: «Mon Dieu! la révolution n'est donc pas finie, puisque Pierrot est ministre?»

—Les cygnes qui vont visiter leurs petits.