Dimanche 15 décembre.—M. Baldus me donne les recettes suivantes: pour coller le papier sur un panneau pour peindre, avoir des panneaux encadrés en bois simple et qui coûtent meilleur marché. Il faut nettoyer le verre sur lequel on doit calquer le dessin qu'on veut grandir, avec un chiffon et de l'eau-de-vie. Prendre de la colle forte et y mêler un peu de blanc d'Espagne, quand elle est chaude. En mettre sur le panneau et sur le dessin, et appliquer fortement. Quand le tout est bien pris et qu'on veut peindre, passer une couche de gélatine. En mettre de même sur la peinture faite avant de vernir.
Pour reboucher les crevasses dans les tableau avant de restaurer: Mastic qu'on trouve chez tous les restaurateurs de tableaux, fait de blanc d'Espagne et de colle de peau de lapin. Avant de retoucher, passer légèrement un siccatif, de manière à faire revenir le ton et à imbiber les endroits où est le mastic. Il est entendu qu'en lavant avec soin le tableau avant de retoucher, on n'a laissé le mastic que dans les crevasses. Pour retoucher des épreuves de photographie, mouiller le papier et l'appliquer sur un verre; il adhérera au moins pendant deux heures; retoucher dans l'humide avec aquarelle et rehaut de gouache.
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Samedi 28 décembre.—Chez Chabrier le soir. J'ai vu là Desgranges[29], qui me disait qu'il s'était heurté une fois contre un pendu dans les rues de Constantinople. C'était un boucher en contravention... Il en faut de très légères pour être puni du dernier supplice; une augmentation de moins d'un liard sur le prix fixé par la police est une raison suffisante. Au reste, cela n'étonne personne. Les janissaires lui disaient (à Desgranges), et c'est l'opinion commune dans le peuple, que le sultan a quatorze hommes à tuer par jour.
—Il y avait Villemain l'ingénieur et un ingénieur des ponts et chaussées. Ces messieurs regardaient une invasion comme impossible, d'abord parce que tout monde se réunirait contre l'étranger (plaisante sécurité dans un pays divisé); ensuite parce que l'artillerie était si perfectionnée que nulle force envahissante n'était capable d'en triompher, non plus que des tirailleurs combattant isolément et armés d'excellentes carabines, sous ce prétexte qu'une armée d'invasion devait agir par colonnes profondes, et que les habitants s'éparpillant et travaillant sur elle devaient en avoir raison. On avait beau leur objecter que l'artillerie d'une part était perfectionnée pour tout le monde, et que les assaillants auraient à ce sujet un avantage égal; que, de l'autre côté, rien ne les empêchait d'agir en tirailleurs... Il n'y a pas eu moyen de les tirer de là.
[28] Sans doute le grand orateur Dupin, dit Dupin aîné, qui fut successivement avocat, procureur général et président de l'Assemblée législative en 1849.
[29] Desgranges avait fait en 1832 le voyage au Maroc avec Delacroix et le comte de Mornay, en qualité d'interprète.