Dimanche 1er février.—Pierret m'apprend que les belles tapisseries se sont vendues à deux cents francs pièce: il y en avait là de très belles et des Gobelins, avec des fonds d'or. Un chaudronnier les a achetées pour les brûler et en retirer le métal.

*

Lundi 2 février.—Mme Sand[44] arrivée vers quatre heures... Je me reprochais, depuis qu'elle est ici, de n'avoir pas été la voir. Elle est fort souffrante, outre sa maladie de foie, d'une espèce d'asthme analogue à celui du pauvre Chopin.

—Le soir chez Mme de Forget.

—J'ai à peu près terminé, dans la journée, le petit samaritain pour Beugniet[45]. Le matin, trouvé à peu près sur la toile la composition du plafond de l'Hôtel de ville.**

Je parlais à Mme Sand de l'accord tacite d'aplatissement et de bassesse de tout ce monde qui était si fier il y a peu de temps: l'étourderie, la forfanterie générale, suivie en un clin d'œil de la lâcheté la plus grande et la plus consentie. Nous n'en sommes pas encore cependant au trait des maréchaux, en 1814, avec Napoléon; mais c'est uniquement parce que l'occasion ne s'en présente pas. C'est la plus grande bassesse de l'histoire.

*

Mardi 3 février.—Dîné chez Perrin avec Morny, Delangle, Romieu, Saint-Georges, Alard, Auber, Halévy, Boilay[46], aimables gens: sa femme et sa belle-sœur. Cette dernière que j'ai vue pour la première fois est une femme fort aimable et dont les yeux sont charmants; elle peint et m'a beaucoup parlé de peinture.

Je suis parti très tard avec Auber et Alard. Reconduit ce dernier jusqu'au Palais-Bourbon par le plus beau clair de lune: il m'a raconté des proverbes de sa façon: L'homme qui raconte la prise de la Bastille, etc.