L'allégorie des hommes qui forgent le même fer représente assez bien l'idéal d'un gouvernement auquel concourent plusieurs personnes. Malheureusement, ce n'est qu'une image propre pour un tableau. Depuis le peu de temps que je suis là, je me suis convaincu que la raison avait peu d'ascendant, qu'un rien le rendait maussade, malgré tous les soins de la présenter du côté séduisant. L'entraînement, la vanité conduisent les meilleures têtes. Dans la question du chauffage de l'hôpital du Nord, deux systèmes étaient en présence: le plus spécieux était celui d'une imposante commission de savants et défendu avec beaucoup d'éloquence par notre confrère Pelouze[56], savant lui-même et partisan de la théorie en général. Les bonnes têtes se rangeaient évidemment pour ce système si bien défendu. L'autre avait l'air de l'être par des gens intéressés. Sur cela, Thierry[57] veut en introduire un troisième qui est repoussé avant d'avoir été entendu. Que croyez-vous que fût au fond l'opinion de la plupart des membres et de Thierry lui-même, comme je l'ai su, en le leur demandant? Exactement la même que je croyais m'être propre à moi seul, à savoir que les appareils de chauffage, comme on les fait, sont bons pour des corridors, pour des lieux de passage et de circulation, mais que la difficulté de modérer et de conduire cette chaleur la rend nuisible ou insuffisante dans les chambres des malades, dortoirs, et que le feu, en définitive, dans les bons poêles, de bon bois dans de bonnes cheminées est le meilleur de tous les chauffages. C'est ce que nous nous disions tous à l'oreille. La somme nécessaire cependant pour un gigantesque établissement d'appareils était votée, et avec ce prix on aurait eu du bois ou du charbon pour chauffer vingt ans l'hôpital.

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Mardi 10 février.—Soirée chez M. Chevalier, rue de Rivoli, dans des appartements très splendides au premier. Détestables tableaux sur les murs, livres magnifiques dans des armoires qu'on n'ouvre pas plus que les livres. Point de goût. J'y ai vu Mme Ségalas[58], qui m'a rappelé que nous ne nous étions pas rencontrés depuis 1832 ou 1833, chez Mme O'Reilly. C'est là aussi et chez Nodier[59] d'abord, que j'ai vu pour la première fois Balzac[60], qui était alors un jeune homme svelte, en habit bleu, avec, je crois, gilet de soie noire, enfin quelque chose de discordant dans la toilette et déjà brèche-dent. Il préludait à son succès.

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Vendredi 13 février.—Occupé tous ces jours-ci de mes compositions pour l'Hôtel de ville.

Aujourd'hui à l'Hôtel de ville, où je me suis senti singulièrement troublé, quand j'ai fait un mince rapport sur les peintures à restaurer à Saint-Severin et à Saint-Eustache; j'étais sous l'impression d'un malaise et d'une lourdeur de tête qui m'en ont fait omettre les trois quarts.

Convoqué pour voir les projets de Lehmann[61].

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Samedi 14 février.—Dîné chez le préfet. Je devais le soir mener Varcollier chez Chabrier; il n'a pu venir.