Lundi 20 septembre.Sur l'architecture. C'est l'idéal même; tout y est idéalisé par l'homme. La ligne droite elle-même est de son invention, car elle n'est nulle part dans la nature. Le lion cherche sa caverne; le loup et le sanglier s'abritent dans l'épaisseur des forêts; quelques animaux se font des demeures, mais ils ne sont guidés que par l'instinct; ils ne savent ce que c'est de les modifier ou de les embellir. L'homme imite dans ses habitations la caverne et le dôme aérien des forêts; dans les époques où les arts sont portés à la perfection, l'architecture produit des chefs-d'œuvre: à toutes les époques, le goût du moment, la nouveauté des usages introduisent des changements qui témoignent de la liberté du goût.

L'architecture ne prend rien dans la nature directement, comme la sculpture ou la peinture; en cela elle se rapproche de la musique, à moins qu'on ne prétende que, comme la musique rappelle certains bruits de la création, l'architecture imite la tanière, ou la caverne, ou la forêt; mais ce n'est pas là l'imitation directe, comme on l'entend en parlant des deux arts qui copient les formes précises que la nature présente.

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Mardi 28 septembre.—Ce jour est le dernier où j'ai travaillé avant mon indisposition. Villot est tombé des nues chez moi, et sa visite m'a fait plaisir; mais à partir de ce jour, j'ai été pris d'une langueur et d'un mal de gorge[93] qui m'a couché tout à plat. Je venais de remonter mon tableau, que craignais de trouver trop sombre en place.


[86] Eugène Durieu, administrateur et écrivain, chargé, après la révolution de Février, de la direction générale de l'administration des cultes; il institua une commission des arts et édifices religieux, et créa le service des architectes diocésains pour la conservation des monuments affectés au culte.

[87] Jean-Pierre Dantan, statuaire et caricaturiste, dit Dantan jeune.

[88] C'est la première fois qu'une épithète louangeuse pour Dumas paraît dans ce Journal. On lira plus loin les jugements les plus sévères sur l'œuvre du romancier.

[89] Delacroix évoque ici des souvenirs d'enfance et de jeunesse. A ce propos, M. Riesener dit dans ses notes: «A Valmont, en Normandie, nous avons passé quelques vacances. Tantôt il était tout feu pour le travail, et faisait des aquarelles délicieuses qui ont été vues à sa vente; tantôt, ne pouvant s'y mettre, il se mettait à mouler avec passion des figurines qui ornent les tombeaux des moines d'Estouteville, fondateurs de l'abbaye de Valmont.»

[90] Possoz, ancien maire de Passy, membre du conseil municipal de Paris.